Societe de gériatrie et de gérontologie de la guadeloupe

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Vieillissement de la Guadeloupe, Réveillons nous !

Quotidiennement confrontée à une situation régionale alarmante en termes de vieillissement, la Guadeloupe sera la 3ème région la plus âgée de France en 2040, après la Corse et la Martinique.  Or, la particularité de notre île réside dans un retard de plus en plus inquiétant, en termes d’adaptation de l’offre sanitaire et médico sociale, face à un vieillissement plus rapide et plus important que celui des autres régions Françaises. Ainsi selon les projections de l’INSEE, la part des plus de 80 ans de notre région, sera multipliée par 4 d’ici 2040.

La problématique du maintien à domicile devient cruciale, dans une région où les personnes âgées, majoritairement des femmes seules, disposent de moyens d’existence précaires avec un revenu mensuel moyen inférieur à 1000 euros, rendant dans le même temps difficile voire impossible l’accès aux établissements d’hébergement permanent et alourdissant la note de l’aide sociale dont elles relèvent. L’habitat et l’aménagement du territoire sont bien souvent inadaptés aux dépendances du grand âge et conduisent à conforter cet isolement en compliquant l’accès aux services à la personne, insuffisamment développés sur notre territoire. Le manque d’information des personnes âgées est grand avec des difficultés d’accès aux services sociaux dont elles relèvent et l’absence d’un interlocuteur clairement identifié. Le seul CLIC en Guadeloupe, situé sur l’île de Marie Galante, dépendance isolée de l’archipel, n’est pas une réponse adaptée à la situation actuelle. Par ailleurs, une démographie médicale particulièrement faible, que ce soit en termes de généralistes (126,7 MG/100 000Habs) ou de spécialistes de la Gériatrie, complexifie encore plus la gestion des parcours de santé des personnes âgées poly pathologiques. La situation en termes de structures d’hébergement n’est guère mieux, avec 38 places pour 1000 personnes âgées de 75 ans et plus au 1er janvier 2011 contre 128 en France hexagonale, réparties en 14 EHPAD dont 2 unités Alzheimer, soit 884 places d’hébergement permanent au total. On ne compte par ailleurs que 4 accueils de jours fonctionnels pour 44 places et 392 places en famille d’accueil au 31 janvier 2014.

Sur le plan sanitaire l’offre est également insuffisante, avec l’absence actuelle de court séjour de gériatrie identifié au CHU de PAP/Abymes, ou encore d’hôpital de jour gériatrique ou de consultations gériatriques avancées dans ce même CHU, pourtant leviers les plus efficaces dans le domaine gériatrique en termes de prévention. Les services d’Urgence du territoire, sont alors les seuls et trop fréquents recours des personnes âgées, et se retrouvent embolisés par le manque d’aval et d’amont Gériatrique. La gestion des situations uniquement en cas de crise médicale et sociale, lors d’hospitalisations en « catastrophe », dans des services de spécialité dont elles ne relèvent pas, accable le personnel médical et social, accule les aidants à l’épuisement, et représente des coûts lourds et inutiles pour notre société. La seule prise en charge identifiée comme gériatrique au CHU consiste en une seule Equipe Mobile Gériatrie dotée de 2 médecins gériatres et d’une unique assistante sociale. La prise en charge des démences est également à la traîne, du fait de l’existence d’une seule consultation mémoire à orientation gériatrique labellisée au CHU et de son homologue au Centre Médico Social à Basse-Terre dont la labellisation est toujours en cours, ceci pour l’ensemble du territoire où résident pourtant plus de 20 000 personnes âgées de plus de 80 ans. Enfin le manque de personnels paramédicaux spécialisés dans notre région (Infirmières, neuro psychologues, ergothérapeutes, kinésithérapeutes), ne permet pas la prise en charge plurielle qu’exige le patient âgé gériatrique.

A partir de ces constats locaux notre réflexion tend à apporter une contribution plus large au niveau national en termes d’adaptation de notre système de santé mais aussi de celui de son économie, à une population vieillissante.

Nos activités de soins et stratégies de santé sont actuellement définis par différents plans, sur des axes départementaux mais aussi nationaux, se recoupant en plans régionaux et départementaux de santé, au sein desquels se dilue parfois l’action ciblée. Un document unique, regroupant les compétences des ARS et des Conseils Généraux, permettrait une meilleure lisibilité des objectifs cibles et une mutualisation des moyens financiers et humains, ainsi plus efficacement déployés. Plus encore les bornes des champs de la gériatrie et de la gérontologie doivent être redéfinies, l’âge de 60 ans n’étant clairement plus celui correspondant à l’entrée dans le cadre de la « personne âgée » telle qu’elle était conçue il y 20 ans. La notion de 3ème puis 4ème âge entraîne de nouvelles définitions à apporter avec à la clé une réflexion sur les conditions d’attribution des aides financières ou encore de l’entrée en institution, au delà de l’âge seul.

En termes de politique de santé publique, l’axe essentiel à développer est celui de la prévention. La Gériatrie, discipline récente, est d’abord née de la nécessité de développer une gestion, spécialisée car de plus en plus lourde, de la grande dépendance physique et psychique accompagnant les vieillissements poly pathologiques, émaillée de l’émergence forte des maladies neuro dégénératives. Cela étant, son plus puissant levier d’efficacité restera l’action en amont, via des campagnes de communication et d’information large de la population, mais aussi des professionnels de santé, en termes de repérage des fragilités. Repérée à temps, la Fragilité est un « champ de possibles » où les actions de prévention permettront d’éviter l’entrée précoce en grande dépendance et les coûts qui y sont rattachés. Plus encore, chaque région devra identifier une filière gérontologique tant au niveau médico social que sanitaire ; dont la porte d’entrée serait un guichet unique, facilement accessible pour le patient âgé comme son médecin généraliste. Etablissements référents de santé sur chaque territoire, les CHU pourraient se doter d’une permanence téléphonique diurne, au sein d’une unité médicale gériatrique et gérontologique rattachée au service de gériatrie du CHU, équivalent au SAMU, dotés de médecins gériatres mais aussi d’infirmières spécialisées en gériatrie ou d’assistantes sociales, pouvant réorienter la personne âgée ou son médecin, vers le maillon de la filière duquel elle relève de façon directe : Hôpital de jour, consultation mémoire, mais aussi assistante sociale du conseil général et/ou des CCAS, association de services à la personne etc….

Le deuxième axe majeur reste celui du maintien à domicile. Au vu des prévisions démographiques, et de nos particularités locales, il faut trouver une autre solution que les seuls EHPAD, trop chers et ne répondant pas aux attentes de la population encore autonome en partie. Ainsi favoriser le développement des services à la personne est nécessaire, tout en étant un potentiel de développement économique fort, en termes d’innovation mais aussi d’emplois. Pour l’instant ces services existent insuffisamment, et ne sont que trop souvent l’affaire de quelques associations, avec des intervenants insuffisamment formés et valorisés. Accompagner l’essor des filières spécifiques gérontologiques de l’autonomie comme les ergothérapeutes, mais aussi les psychomotriciens, les kinésithérapeutes, ou encore les assistants de soins en gérontologie, en les spécialisant et en revalorisant leur exercice, permettra une autre vision du maintien à domicile. Enfin la révision des politiques d’aménagement du territoire et de l’habitat doit être évoquée au niveau national, en tenant compte du vieillissement des populations, et en privilégiant l’adaptabilité des logements en vue d’une préservation de l’autonomie.

Sur le plan sanitaire, les séjours hospitaliers des sujets âgés sont trop souvent écourtés, du fait des exigences de tarifications actuelles, précipitant les ré hospitalisations précoces et les difficultés de suivi adapté. Le système de tarification hospitalière (T2A) doit être ajusté aux problématiques gériatriques (consultations longues de gériatrie, durées de séjours plus importantes) et permettre une hospitalisation de juste durée en vue d’une prise en charge efficiente tant médicalement qu’économiquement à long terme.

En termes de formation, les professionnels de santé seront tous confrontés à une population vieillissante et doivent donc bénéficier dans leur cursus d’un enseignement incluant cette problématique. Un institut de Formation aux métiers de la Gérontologie au niveau national, pourrait délivrer et contrôler un enseignement spécialisé de qualité aux différents intervenants auprès des sujets âgés. Plus particulièrement, le DESC actuel de gériatrie doit devenir DES permettant la mise en place d’une maquette unique de formation pour les jeunes internes, avec des stages dans les différents maillons de la filière (USLD, SSR, Court Séjour Gériatrie) mais aussi dans des terrains de spécialité étroitement lié à la gériatrie (neurologie, médecine interne… etc.). Enfin, sur le plan de la recherche, des unités dynamique de recherche « gérontologiques » doivent être développées, dont les champs d’investigations seront larges : biologie, médecine, gérontotechnologie mais aussi socioéconomie (silver économie)…

Il est urgent d’agir, de se réunir et se concerter au niveau de ceux qui nous dirigent, pour mettre en place une véritable politique tenant compte de notre réalité, sous peine d’un réveil tardif et difficile dont les conséquences seront payées en première ligne par nos aînés …

Tatiana BASILEU(Gériatre), Leila RINALDO (Gériatre) Serge LAVEL (Directeur CHGR)

Fait aux Abymes et à Pointe-à-Pitre le 18 Février 2014.

 


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